Je m’en irai sauvegarder, dans le Paradis Blanc

par HYGER ~ 29 juin 2009. Classé dans: Actualité Internet, Actualité hardware, Actualité software, Industrie du contenu.

Un petit post avec des informations “alarmistes” de celles qui m’empêchent de dormir…
Ce blog a eu l’occasion d’héberger plusieurs messages sur le cloud computing. Au risque de paraître hors du temps ou parano, j’apporte une vision un peu différente.
Je relais ici des informations que j’ai apprises en écoutant/regardant l’intervention de Christian Fauré, lors d’une conférence passionnante organisée dans le cadre de l’association Ars Industrialis.
“Le numérique dans l’économie et la cognition de l’attention” ; La gigantomachie autour des data centers. (Durée environ 40 min).

Je rappelle brièvement de quoi il est question. Le cloud computing, se sont des software (logiciels) embarqués sur des réseaux que l’on utilise à distance. Plus besoin d’installer quelque chose en local sur son ordinateur. Vous utilisez votre traitement de texte via Internet, de n’importe quel poste dans n’importe quel coin du monde et vous retrouvez toujours vos données. Finies les mises à jour, elles se font automatiquement.
Les enjeux de ces projets ne sont toutefois pas qu’immatériel. Il y a derrière des logiques économiques et écologiques de masse. En effet, le phénomène se surdéveloppe et appelle plusieurs remarques et inquiétudes.

- Monopole des opérateurs privés
Il y a eu des sous-investissements des États dans le domaine et les seules offres sont proposées par des opérateurs privés dont Google. Les économies d’échelle sont de l’ordre de 1/16ème ce qui fait que la plupart des entreprises songent sérieusement à faire migrer leurs solutions logiciel vers du cloud computing au lieux d’acheter des licences pour des utilisations locales.
Le fait de travailler sur des application sur le Net pose aussi de sérieux problème de confidentialité. Les données étant quelque part sauvegardées sur des serveurs et non plus dans l’entreprise.
En règle général et par le passé, ce sont les États (et notamment l’État français) qui ont investi dans les technologies de réseau : téléphone, eau, électricité, train… parce qu’elles sont théoriquement difficiles à supporter par des entreprises du privé et qu’elles n’offrent un retour sur investissement que sur le long terme. La tradition française voulait aussi que ces technologies de réseau restent nationalisées pour éviter les dérives que l’on voit par exemple en Angleterre aujourd’hui.
À l’heure actuelle, des sociétés comme Google ont levé des fonds assez important pour proposer du cloud computing… au CNRS avec tous les risques que cela suppose : vol des données, aucune garantie de pérennité des services…
Des petites modules de cloud computing à une échelle restreinte sont déjà présents sur Internet, souvent à titre gratuits.

- Danger pour l’environnement
Le développement du Cloud Computing, renvoie aux questions de sauvegardes des données et donc au développement des data center à grande échelle.
Google représente aujourd’hui presque 1 million de serveurs. Il achète 1/2 million d’ordinateurs par an. Ces ordinateurs délivrent via Internet de la puissance de calcul. D’ici 4 à 5 ans, les data center produiront plus de CO2 que l’ensemble de l’industrie du transport aérien.
Les grands acteurs : Google, Amazon, Microsoft sont assez inquiets puisque d’ici quelques années, il n’y aura plus assez de centrales électriques au USA pour fournir l’électricité nécessaire aux data center. Ils cherchent de nouveaux territoires pour les installer et pensent déjà aux zones désertiques froides qui « épargneraient » l’énergie de la climatisation. De quoi accélérer la fonte des glaces…

- Nouveaux modèles économiques
Les dernières années ont fait la part belle aux industriels du contenant ou des Hardware (matériel) alors que les fournisseurs de contenus cherchent encore un remède au piratage. Comme le notait déjà Jean-Michel SALAÜN dans un post d’avril 2008, Apple s’en sort mieux à vendre du contenant iPods que du contenu iTunes.
Dans le cas du cloud computing est-ce la fourniture de Software (logiciel) et de services qui va triompher ? Avec les data center, la frontière est de plus en plus mince entre les entreprises du contenu et du contenant. Pour citer à nouveau Jean-Michel SALAÜN, « Si Google, contrairement à Apple, ne fait pas sa rentabilité sur la vente de matériels, il est clair que sa puissance informatique est un des éléments essentiels de son avantage concurrentiel, peut être aujourd’hui le premier ».

En attendant que Yann ARTHUS-BERTRAND survole à grand coup de litres de kérosène, des colonies de serveurs nichés dans les icebergs, on se souhaite bonne nuit ?

2 Réponses à Je m’en irai sauvegarder, dans le Paradis Blanc

  1. Martin

    3 paragraphes, 3 réponses pour compléter et ouvrir cette réflexion.

    - Monopole des opérateurs privés
    Certes un réel oligopole privé est en train de se créer autour de cette offre. Google doc séduit de plus en plus d’entreprise, Microsoft prépare la riposte avec Office 2010 et Amazon trust largement l’hébergement sur le cloud. Je suis entièrement d’accord avec la problématique de la sécurisation des données. Seul réel obstacle à mes yeux au développement du cloud computing. En ce qui concerne la pérennité et continuité de service, Google propose aujourd’hui des SLA aux entreprises et un accompagnement personnalisé. Un vrai business B2B est en train d’émerger.

    Au fait, est-ce la place d’un état de se retrouver à proposer de telles offres ?

    - Danger pour l’environnement
    En ce qui concerne l’aspect écologique, le raisonnement est très partiel. En effet, l’offre cloud répond à un besoin de la part des clients. Si les solutions n’étaient pas hébergées on-line elles le seraient sur des serveurs in-house. Or l’effet cloud permet des gains d’échelle à deux niveaux. Tout d’abord sur l’espace disque / puissance de calcul. En mutualisant les serveurs pour plusieurs applications on optimise son parc de serveur (effet virtualisation mais à une échelle bien plus grande). Deuxièmement, Google, Amazon et les autres ont des moyens financiers plus importants pour travailler sur des serveurs plus propres (effet green IT). En effet, ils y gagnent en image de marque et en facture électrique, tandis que la grosse PME local y sera moins sensible.

    Aujourd’hui l’industrie IT pollue déjà autant que l’aviation civile et ce n’est que le début. Je pense que le cloud est une réponse intéressante à cette problématique.

    - Nouveaux modèles économiques
    Enfin (!), concernant les business model, je pense qu’il serait intéressant de regarder du coté de l’open source. En effet aujourd’hui certain standards sont open source (Talend chez les ETL par exemple). Ici la valeur est sur la prestation de conseil et non plus sur le contenant ou le contenue … à méditer.

  2. HYGER

    Très bonne analyse.

    Je vois que tu n’as pas changé depuis le lycée ;-)
    Au plaisir d’avoir de tes “nouveaux commentaires”

Laisser une Réponse